23 March 2008
A la Recherche du Dandy Perdu!
Lorsque le Comte de Montesquiou-Fezensac se reconnut dans le portrait acerbe que Proust réalisa de lui dans le personnage du Baron de Charlus de "A la Recherche du Temps Perdu.", il afficha publiquement un masque de courage insolent pour ensuite s’effondrer en privé.
Tout Paris s'amusait en effet des inflexions de voix et du maniérisme impertinent de l’un des hommes les plus en vue de la Haute Société. Fair play Montesquiou félicita son protégé (dont il saluait et appréciait sincèrement le talent) et s’enferma pendant des jours pour tenter de cacher son embarras. La rançon du succès mondain et le prix élevé de la célébrité…pour un personnage qui inspira de son vivant beaucoup de créateurs essentiels. Il fut le cœur palpitant d’un monde artistique prestigieux où vous pouviez croiser Gustave Moreau, Whistler, Sarah Bernhardt, Pierre Louÿs, Paul Valéry, Francis Jammes et tant d’autres que des pages n’y suffiraient pas. Farouchement privé et soucieux de son intimité, Montesquiou fut pourtant le pivot précieux, la figure centrale éclatante du Grand Monde parisien et donna à la Belle époque ses lettres de noblesse en l’a rendant aussi belle qu’elle se devait d’être remémorée.
Issu d’une famille à l’aristocratie ancienne (il se vantait volontiers de compter D’Artagnan parmi ses aïeux), il régna pendant des années sur la haute société parisienne en organisant des soirées éclatantes qui attiraient les plus grands esprits. Son caractère flamboyant, son esprit acéré et ses bons mots ciselés, frappèrent de nombreux contemporains qui peignèrent de lui une image tantôt admirative, moqueuse, prétentieuse et snob parfois mais toujours remarquable de singularité et d’originalité. En esthète authentique, passionné d’Art, il soutint avant tout le monde des artistes fort décriés et avant-garde comme le peintre Gustave Moreau, Edgar Degas ou encore des poètes au ton révolutionnaire comme Paul Verlaine ou Mallarmé. Bien qu’il semblât croire à son importance en tant qu’auteur, il eut assez d’intelligence et de lucidité pour se prosterner humblement devant plus grand talent que lui-même.
Avec un goût qu’il peaufinait constamment, il participa activement à la promotion du style Art Nouveau et fut un disciple passionné du Japonisme dont il appréciait la perfection esthétique. L’homme curieux de tout était un consommateur d’art forcené entassant chez lui un bric à braque étonnant et que ce soit Huysmans, Jean Lorrain ou Proust, tous s’accordent à saluer, au-delà de son apparence parfaite et de sa sophistication, une personnalité véritablement hors du commun à l’individualité unique. Edmond Rostand en fit un paon dans sa pièce "Chantecler" et lui fit dire: "Je suis heureux de représenter le bon goût dont je suis… le tuteur!".
Classé sous Dandy à la Baudelaire, Dandysme, Individualisme, Mode par tmasson




